Comment obtient-on du lait de jument ?

Posted: mars 28, 2018 By: Comment: 0

Je sais, je sais, vous êtes très nombreux et nombreuses à vous demander comment on obtient du lait de jument ?

Est-ce que la jument souffre, ou le poulain ? Est-ce qu’il faut absolument un poulain ? Que devient le poulain ? Quelle quantité de lait de jument prend on…bref… ! Beaucoup de questions auxquelles je vais répondre pour ne pas vous laisser dans le doute ou l’ignorance.

Tout d’abord, effectivement, pour qu’une jument produise du lait, il faut qu’elle ait pouliné.

Elle a donc bien évidemment 11 mois auparavant rencontré monsieur l’étalon, soit au pré dans le cas d’un élevage avec troupeau en ‘liberté’, soit à l’écurie dans le cas d’une saillie ‘encadrée’. Il est également possible de lui faire rencontrer monsieur le vétérinaire pour une insémination artificielle… Pour différentes raisons je suis moins fan de cette dernière option, d’autant que l’étalon participe au bien-être du troupeau d’une façon générale, et également aux apprentissages sociaux du poulain pendant ces premiers mois de vie…ce qui est essentiel à sa vie future, soit dans son rapport à ses congénères soit dans son rapport à l’humain.

J’avais pour ma part choisi l’option du troupeau en ’liberté’ lorsque j’avais mon propre élevage, dans la mesure où je la trouvais plus profitable pour mes chevaux. Cela demande observation et adaptation, certes, mais quel plaisir de voir la nature et sa magie opérer. Il faut dire que j’avais un étalon particulièrement gentleman avec les juments …on va dire qu’elles étaient toutes folles de lui !

Après cet épisode indispensable, la gestation de 11 mois se poursuit, en général sans encombre.

Là également il faut être observateur et bien connaître ses juments, son troupeau et son fonctionnement…car s’il y a un souci, il peut être détecté par certains changements de comportements. D’une manière générale, la présence quotidienne est la seule garantie d’agir et de réagir convenablement en cas de pépin…qui peut être fatal. Donc vigilance ! Mais dans l’ensemble, je le répète, surtout lorsque l’on connait bien ses poulinières, qu’elles ont déjà pouliné une ou deux fois, et que les habitudes vont bon train…le temps s’écoule paisiblement pendant 11 mois jusqu’au jour J.

Là, lorsque l’on a un troupeau et plusieurs naissance attendues, chaque jour entre mars et aout peut-être le Jour J! Forcément la joie est de taille lorsqu’un poulain nait ! Mâle ou femelle ? Quelles robes ? Marques sur la tête ? Ensuite dès les premiers jours…le caractère apparaît : fonceur, tétu, pépère, joueur…bref, c’est génial ! Par ailleurs, chaque jument a sa façon de faire avec son petit, et il faut la laisser faire…j’ai toujours travaillé en toute confiance avec elles, émerveillée par leur force, leur douceur et leur abnégation.

Mais j’en reviens au lait ! Poulain est né…donc le lait aussi. D’ailleurs il ne sera produit par la jument que si son petit est avec elle. Si pour une raison ou un autre son poulain lui est enlevé (à part un évènement dramatique, je ne vois pas), la lactation s’arrête. Donc une chose est sure, il n’est pas possible d’entretenir la lactation d’une jument sans la présence de son poulain. Voilà un deuxième éclairage !

En troisième éclairage, il est essentiel de comprendre que pour la vitalité du poulain et sa bonne croissance, le lait n’est récolté qu’à partir de son troisième mois.

Tant qu’il n’est pas autonome pour complémenter son alimentation en herbe ou en fourrage, la totalité du lait lui est laissée. A partir de son 3ème mois, 25% à 50% du lait produit quotidiennement par sa mère est prélevé, en sa présence, car sans lui sa mère refuse de ‘donner son lait’. Cela représente entre 2 et 4 litres par jour en 2 traites. De la même manière d’ailleurs, la jument est très sensible à la personne qui vient ‘récolter’ son lait. Si vous venez à ma place, parce que je suis absente, sans avoir été prévenue, sans qu’elle vous connaisse, et surtout sans qu’aucun feeling ne s’installe entre elle et vous, alors point de lait…même en présence du poulain. Elle doit être en confiance. Et je trouve cela tout à fait noble et rassurant. Le lait de jument n’est pas une ressource comme une autre. Elle n’est pas à profusion ! Elle ne coule pas de source. Elle se mérite !

Cela étant dit, le lait peut donc être récolté du 3ème au 7ème mois du poulain. Après sa qualité évolue pour devenir trop ‘riche’. A savoir que l’équilibre de composition du lait de jument est exceptionnel et le plus proche du lait de la femme : beaucoup de vitamines intéressantes (A, C et certaines du groupe B), des acides gras essentiels (polyinsaturés à courtes chaines donc très digestes et profitables, dont les céramides et liposomes), des acides aminés et protéines (dont α-lactalbumine, caséine et glycoprotéines toutes importantes dans le renouvellement cellulaire), des antioxydants…bref, un cocktail parfait et très proche de nous !

Le lait étant récolté sur ces 4 mois et le poulain ayant grandi, l’idée est de laisser le soin aux mères de sevrer leurs petits à leur rythme et à leur façon…en général les poulains mâles sont sevrés plus tôt que les pouliches, vers 8 mois contre 9 pour les femelles, et de manière plus énergiques ! Sevrés et autonomes, il est temps pour les jeunes de grandir encore quelques mois avec le troupeau avant d’être réunis ensemble sous la présence maternelle et rassurante d’une jument âgée avec qui ils resteront jusqu’à leur 2 ou 3 ans, temps pendant lequel tous les apprentissages de la vie avec les humains que nous sommes sont acquis avant le débourrage.

Pour moi, il est souhaitable que le lait de jument reste une matière noble et délicate, sachant que 2 à 4 litres de récolte par jour n’ont rien à voir avec les 20 à 40 litres demandés à une vache laitière (à qui l’on a ôté son veau !), et considérant le fait que cela ne doit pas se faire au détriment du poulain. J’ai toujours souhaité que les poulains issus de mon élevage, sans qui cette récolte de lait n’était pas possible, soient destinés à une vie avec nous, en sport ou en loisir, pour leur plus grand bonheur aussi ! Et c’est ce que je demande à mes producteurs aujourd’hui.

J’espère que vous aurez appris que l’on peut concilier cosmétique active et production de lait avec intelligence et respect, pour une belle harmonie.

Isabelle, créatrice de Qhéaz.